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La Net economy

Un nouveau type d’économie commence à se développer ; elle intègre non pas deux secteurs comme autrefois, mais trois : public, privé et collectif. Chacun possède ses acteurs, ses stratégies, ses institutions et ses activités :

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C’est ainsi qu’on voit apparaître dans le secteur privé des recherches de nouvelles sources de profits, des techniques de profilage et de monitorage, un fort courant de personnalisation-segmentation créant des niches, etc. :

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Tandis que dans le secteur collectif, on commence à parler de cogestion des ressources et des données locales, de culture d’appartenance, d’économie basée sur la proximité, de réseaux sociaux de première et surtout de deuxième génération, etc. :

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Cette économie se développe à cause de plusieurs multiplicateurs :

La Net economy va se développer à cause de la multiplication de la population en réseau, de la largeur de bande de ces réseaux et de la nouvelle génération d’intelligence artificielle :

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Les fintech

Cette économie commence à s’organiser autour de nouvelles technologies de financement (disruptives technologies) qui bousculent les services financiers traditionnels et exigent des gouvernements des réformes réglementaires :

L’architecture brique&clic

C’est la grande bataille du XXI siècle qui débute : celle d’une robotisation du commerce du détail ou Data War. Ce développement va donner naissance à l’Internet de troisième génération, l’Internet des services (qui inclut celui des objets). Cette bataille va bouleverser toute la chaîne de création-diffusion en offrant au consommateur trois modes d’accès :

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Les questions :

Mais cela pose surtout des questions sur les limites actuelles de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire sur toutes les relations humaines entre les consommateurs et les vendeurs (la convivialité des contacts et des transactions lors du magasinage).

On commence à peine à comprendre l’actuelle réorganisation du commerce. Nous passons de l’ancienne industrie manufacturière à celle des services (d’où cette appellation de l’Internet 3 : l’Internet des services) :

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Nous passons d’une économie axée sur les profits et sa culture du consommer-jeter vers une économie du partage où le citoyen devra apprendre à s’impliquer ; du public de masse à une myriade de marchés thématiques créés par le courant de personnalisation et par de nouveaux entrepreneurs. Ainsi naissent de nouveaux types d’entreprises (les agrégateurs par exemple), de nouvelles technologies de médiatisation (le multi plateforme), d’investissements (Internet 3) et de consommation (les applications).

Une économie de l’attention

Durant l’ère industrielle, les entreprises luttaient entre elles pour obtenir des gens la chose la plus précieuse que ceux-ci possédaient : leur argent. Avec l’ère postindustrielle qui s’installe, elles luttent pour quelque chose encore plus précieux : l’attention.

Ce sera un monde où la monnaie ne sera plus des sommes d’argent véritables, mais des informations de toute sorte : publicités, rumeurs, courriels, contenus encyclopédiques, cartes géographiques ou photo illustrant une catastrophe. Nous allons vivre dans un Nouveau Monde de plus en plus visuel, interactif et immersif où la monnaie sera les images-écrans (car il n’y aura pas de contenus gratuits, on paiera toujours, même indirectement).

La Net economy est le fruit de la rencontre de quatre grandes mutations : le modèle économique, la communication, le consommateur et les contenus.

Si l’utopie des pionniers de la micro-informatique en 1980 était Empowering the People, celles des patrons des grands consortiums de services, en 2015, est de reprogrammer la société actuelle : moins de gouvernements, moins de frontières, moins de taxes et plus de surveillance ! (Voir le programme de la droite américaine).

1- Le changement de modèle

Le modèle économique change à cause de l’apparition de nouvelles générations de moteurs de recherches offrant maintenant à l’internaute un passage segmenté qui va du local au régional et au mondial, et vice-versa :

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Ce modèle utilise différentes formes de capitalismes ; son unique mesure est le profit dédié aux mieux nantis. Le modèle néolibéral américain développe des consortiums fondés sur les énormes profits de ventes des produits de masse locaux.

Il utilise les médias de masse pour contrôler ses marchés en individualisant les citoyens consommateurs.

Ce modèle a connu quatre erreurs : ses algorithmes de financiarisation, une économie ne reposant que sur les combustibles fossiles, un modèle fondé sur une consommation infinie dans un monde fini et une vénération de l’appât du gain. Il a fait faillite en 2008. Mais les élites en place le maintiennent à tout prix de peur de perdre leurs privilèges.

Les grands publics industriels commencent à se fragmenter en niches sous l’effet du fort courant de personnalisation. Apparaissent alors des millions de groupes d’intérêts prêts à débourser pour des services qu’ils jugent essentiels à leur bien-être (voir le schéma ci-dessous).

Économiquement, les profits sont réduits, mais multipliés par des millions de groupes de consommateurs, d’où l’apparition de cette Net economy reposant sur la segmentation.

L’autre changement majeur est l’apparition des appareils mobiles qui donnent la parole à des citoyens qui autrefois formaient la majorité silencieuse. Maintenant, ils peuvent émettre publiquement leurs opinions personnelles.

Le passage actuel vers la segmentation :

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À l’heure actuelle, on développe deux approches différentes de segmentation, l’une aux États-Unis fondée sur la sécurité et la surveillance et une autre dans les pays industrialisés, fondée sur la proximité (voir plus loin).

Supportée par le fort courant de personnalisation et l’utilisation des NTIC (notamment par les prises de parole citoyennes via les réseaux sociaux) la segmentation a donné naissance à beaucoup de groupes et de niches depuis l’arrivée de la micro-informatique personnelle en 1980 :

La segmentation utilise la décentralisation pour créer de nouveaux dynamismes sociétaux axés sur la proximité en utilisant des applications smart (chapitre 3).

2- Les changements de communication

Nous passons des médias de masse aux réseaux sociaux, de l’analogique au numérique, du fil au sans-fil et de la loi de Moore à celle de Metcalfe. Les réseaux sociaux sont une révolution technologique qui offrent à tous les citoyens une nouvelle culture :

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Durant l’ère industrielle, la communication est top down, c’est-à-dire qu’elle cherche à imposer ses vues à un citoyen de plus en plus isolé, donc passif, devenant ainsi le consommateur idéal.

Le téléspectateur se sent isolé parce que ces informations n’ont aucun lien entre elles. C’est un tsunami quotidien de données, de demi-vérités, de mensonges et de publicités déguisées.

Cette communication est gérée par des groupes appartenant à la classe des biens nantis. Elle est liée aux groupes qui deviendront éventuellement les grands consortiums militaro-industriels grâce aux différentes guerres entreprises
depuis 1914.

Apparait maintenant une communication bottom-up c’est-à-dire montante. l’Internet 2 qui a absorbé toutes les technologies médiatiques devient une place publique où circulent à la fois des informations et des opinions, mélange explosif vis-à-vis la classe des biens nantis qui refuse tout dialogue remettant en cause leurs pouvoirs.

Les réseaux sociaux de première génération qui apparaissent en ce moment se développent essentiellement autour du « JE » ; ils sont très narcissiques. Peut-être que la deuxième génération se développera autour de groupes à la recherche de consensus à créer vis-à-vis les crises qui s’annoncent en l’absence d’une direction éclairée.

La façon dont les contenus sont communiqués change :

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Mais l’Internet 2, comme l’Internet 1, est un outil de transition. L’Internet 3, celui des services, s’annonce déjà (voir plus loin).

3- Les changements au niveau du consommateur

Ces changements sont causés par la quantité exponentielle des consommateurs utilisateurs et de leur formation requise pour l’utilisation de systèmes de plus en plus amicaux (user friendly). Cette fois-ci la révolution devient sociétale :

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À l’heure actuelle, l’ensemble de ces étapes nous conduit à la création de grands empires de services qui pourraient devenir les prochains maîtres du monde.

4- Les changements au niveau des contenus

L’économie passe de la vente de produits de masse vers des ventes dédiées à une consommation personnalisée, c’est-à-dire qu’elle passe d’une production mécanique locale à des réseaux de distribution briques et clics plus ou moins mondialisés grâce à leur puissance qui passe de 3G à 4G :

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Chaque étape offre une interactivité de plus en plus complexe à des utilisateurs de plus nombreux ; cette combinaison devient exponentielle. Chaque étape agrandit les espaces marchands.

Ce schéma fait ressortir la tendance de la dématérialisation : au début une vente d’appareils, puis de logiciels, ensuite d’applications et enfin des services de location.

À la dernière étape, on voit apparaître ce qu’on appelle en ce moment les innovations perturbatrices (disruptives technologies) annonciatrices de la société de la connaissance.

Développement historique

Après deux révolutions industrielles, la Net economy signale l’émergence de la troisième. Ces trois révolutions fonctionnent comme un jeu de dominos. (Inspiré par « La Troisième révolution industrielle » , de Jeremy Rifkin) :

Première révolution industrielle (qui commence vers 1700)

Deuxième révolution industrielle (qui commence vers 1900)

(post)révolution industrielle (2020?)

La troisième révolution n’est pas tant celle des outils utilisés, mais celle des travailleurs qui quittent les usines en masse :

The Economist, le 21 avril, 2012. [14]
The Economist, le 21 avril, 2012.
Repères
1995 Premières ventes en ligne (des livres surtout).
2005 Prime au membership et programme de loyauté
(livraison gratuite par exemple).
2006 Location d’espaces-mémoires sur un Cloud.
2007 Kindle : du livre papier vers le livre électronique.
2007 Smartphone et tablette.
2010 Application généralisée des bar-codes.
2012 Robotisation des warehouses.
2012 Vente de publicité locale.
20?? Livraison par drone.

On sent déjà les effets de l’internetisation de l’économie :

Évolution du modèle d'affaires :
disruption [15]

Les mutations déjà en cours :

Internetisation :
Transformation-of-Business-x700 [16]

USA vs Chine

Les deux chefs de file, le duo sino-américain, deviennent un nœud de contradiction qui ressemble à un vieux couple (Je ne peux plus vivre avec, mais je ne peux vivre sans). Leur étroite imbrication économique et financière débouche sur une rivalité qui est croissante :

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L’oncle Wang fait de l’ombre à l’oncle Sam.