Le citoyen

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La prise de parole citoyenne

Si la vérité fait mal, le silence tue.

(Dicton sud-africain)

La prise de parole publique se développe par étapes. Au début, elle fut traditionnelle, c’est-à-dire imprimée ou diffusée à la radio, puis par voies électroniques. En moins de cinquante ans, nous avons basculé d’une ère où l’individu était anonyme et passif vers une ère où le citoyen exprime publiquement ses sentiments via ses réseaux sociaux.

Repères (la parole)

En général, ils furent des apôtres de la non-violence et de la désobéissance civile  :

1849 Le Discours de la désobéissance civile de Henry David Thoreau
1930 La marche du sel de Gandhi.
1959 La fuite du dalaï-lama Tenzin Gyatso.
1963 I have a Dream, le discours de Martin Luther King.
1974 Le Printemps des oeillets portugais.
1980 Le mouvement Solidarnosc polonais.
1989 La chute du Mur de Berlin.
2001 Le livre 9-11 de Noam Chomsky.
2010 L’opuscule Indignez-vous de Stéphane Hessel.

Un homme qui se tient debout est le plus beau des monuments.

(Georges Dor, Un homme libre, 2010)

Les premiers outils de prises de parole électroniques

1969 Compuserve
1971 Premier courriel
1978 BBS
1985 The Well
1991 Web
1993 Mosaic
1997 Hotmail
1999 Napster (Peer to Peer)
2001 Wikipedia (encyclopédie collective)

La première génération classique (à partir de 1870)

La première génération de prises de parole modernes surgit lors de la deuxième ère industrielle : ce furent des ouvriers qui prirent la parole via leurs organisations syndicales. Cette prise de parole concernait principalement leurs conditions de travail. Les premières prises de parole publiques commencent à être entendues lors des premiers interviews à la radio, vers 1930.

Le deuxième génération classique (à partir de 1968)

Les prises de parole deviennent vraiment grand public lors des grandes secousses sociales des années 1968-1970. Les sociologues américains découvrent ce qu’ils appellent alors le terrain ; apparaissent alors les concepts de Street corner society, du Vicinity, du Small is Beautiful et des théoriciens de l’animation : Amitai Etzioni, Saul Alinski et Jerry Rubin (schéma 22). En France, ce sera les années 68 et, au Québec, la crise d’Octobre en 1970.

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La première génération électronique (à partir de 1980)

Les premiers appareils destinés à une médiatisation grand public de contenus personnels furent le Apple II, le TRS-80 et le PET de Commodore. Le public d’alors était formé par les pionniers de la micro-informatique qui se réunissaient autour des « évangélistes » du numérique dans les premiers clubs informatiques (1982). L’objectif était : Empowering of the people. Ces premières prises de parole électroniques se sont organisées autour du courriel, des forums et des Bulletin Boards.

Elles ont vu le jour à cause de la vague de radicalisation des Flower People et des beatniks. Puis, dix ans après, une deuxième vague de radicalisation créera des groupes encore plus revendicateurs : les écologistes, les Amérindiens, les féministes et les gais.

La deuxième génération électronique (à partir de l’an 2000)

Elle apparaît chez Apple quand Steve Jobs a l’intuition d’intégrer plusieurs appareils électroniques au micro-ordinateur domestique. C’était l’époque de la débandade économique des dot.com, donc de la baisse du marché de la micro-informatique. Le tout fut intégré autour d’un Digital Hub, ou foyer numérique personnel. Jobs créa une interface en utilisant la technologie FireWire (un port de haut débit installé sur le Mac), qui rendait possible l’intégration du iMovie (caméscope), du iDVD (graveur de musique et de vidéo), du iPhoto, du iTunes (une audiothèque), du iTunes Store (le magasin électronique) et du GarageBand (le mixeur de musique).

Ce système attira des créateurs professionnels et amateurs, surtout des musiciens, des graphistes et des vidéastes, qui formèrent les premières niches. Le public changea. Pour la première fois de l’histoire, un citoyen pouvait gérer lui-même à la fois sa musique, ses photos, ses vidéos et ses données personnelles.

En même temps, l’arrivée du modèle Internet (1990) popularise l’idée des contenus gratuits et du libre accès aux informations. C’est la période des Trust networks et du Computer mediated communication. Puis, c’est l’arrivée du Web (1995), donc d’une collaboration facilitée par la multiplication des sites de toutes sortes.

Une nouvelle radicalisation apparaît avec la formation des grandes coalitions sensibles à la cause altermondialiste qui veulent remplacer le modèle capitaliste par une mondialisation du bas vers le haut (schéma 28). En 2006, le magazine Time reconnaissait l’importance de cette force qu’est la participation médiatique des usagers des médias électroniques en désignant l’utilisateur comme personne de l’année : « You ».

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La troisième génération électronique (à partir de 2002)

Les appareils de cette génération sont le iPod et le iPod mini, de Apple, qui marquèrent un tournant dans l’histoire du disque et du commerce électronique (en 2003, déjà plus de 70 millions de pièces musicales avaient été vendues en ligne). Cette génération de baladeurs a été créée grâce à la miniaturisation d’un lecteur de la taille d’une pièce d’un dollar et d’une capacité de 5 G, installé dans des appareils portatifs au menu se manipulant grâce à une molette.

George Varvel, The Indianapolis Star, 2007.
George Varvel, The Indianapolis Star, 2007.

La quatrième génération électronique (à partir de 2007)

Les appareils de cette génération sont les téléphones et les tablettes smart (iPad, 2009), avec leur écran de verre, leurs caméras et leur circuit A4, dit tout-en-un, utilisant la géolocalisation. Grâce à Steve Jobs, tout change encore une fois ; cette étape rend l’appareil encore plus facile à utiliser grâce à son interface multitactile, c’est-à-dire sans clavier, sans stylet et avec un défilement à inertie (l’image se déplaçant comme un objet).

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En même temps, une vague de radicalisation encore plus forte apparaît : les anti-Wall Street, les printemps arabes et érable, etc. Ce sont les jeunes indignés qui manifestent, souvent rejoints par leurs aînés (carrés rouges et casseroles). Les chantres de cette vague sont Noam Chomsky et Howard Zinn.

S’ils veulent nous empêcher de rêver, on va les empêcher de dormir.

(Richard Desjardins, 2013)

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