La société de la connaissance

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Les prochains « Maîtres du monde »

Les Maîtres du monde, allusion au livre du même titre (voir dans la bibliographie), sont des consortiums économiques qui essaient d’imposer leurs décisions à l’ensemble de la planète afin d’amasser le plus de profits possible. Les deux cents plus puissants consortiums contrôlent aujourd’hui plus de 23 % du commerce mondial. Ils obéissent au principe de massification, c’est-à-dire à la loi de la maximalisation des profits (Chapitre 3 : Les forces en présence).

Récemment, ils ont réussi à supplanter le pouvoir de la classe politique grâce aux stratégies de mondialisation qui furent lancées par le G7, en 1995, lorsque tous les pays industriels furent invités à utiliser le même protocole, l’Internet, pour accélérer les échanges économiques. Le grand rêve était de créer une planète sans contrôle douanier ; un marché unique dans vingt ans (en 2015). Ce réseau fut réalisé grâce à une série de déréglementations organisées par les États qui n’y voyaient que de nouveaux emplois pour leur économie nationale. C’est alors que ces consortiums se sont arrogés le pouvoir de régenter toute la planète. Le dernier soubresaut de cette offensive fut la création des algorithmes de financiarisation, vers l’an 2000, qui ont éventuellement précipité la planète dans le cul-de-sac financier de 2008. Cette offensive pour le contrôle de la planète s’est déroulée en plusieurs étapes :

  • Lors de la deuxième révolution industrielle, en 1900, une première offensive eut lieu grâce à la rencontre du capital et des énergies du temps. Elle fait apparaître les grands manufacturiers qui, d’une guerre à l’autre, vont éventuellement devenir les grands empires militaro-industriels (Les industries Krupp en Allemagne et le Groupe Renault en France, par exemple).

    Les armes des consortiums de cette période sont la colonisation, c’est-à-dire l’européanisation de l’Afrique et de l’Asie, puis la guerre 1914-18 et sa suite en 1939-45.

  • Puis, les grandes banques prennent le relais au point de penser qu’elles sont devenues trop importantes pour faire faillite (Lehman-Brother et Merrill Lynch en 2008, par exemple).

    Les armes d’alors sont le recours aux fusions forcées, aux offres d’achat hostiles, au dumping, à la corruption et au démantèlement du secteur public. Puis, avec la mondialisation, la mise sur pied de l’OMC, du FMI et de la BM. La mise en tutelle des parlements a affaibli la capacité normative des États ; ce système économique mondial peut-il aujourd’hui décider du sort de la planète ?

  • À partir de 1950 et, surtout, de 1995, les grands consortiums industriels investissent dans les médias de masse afin de contrôler les espaces publics planétaires, c’est-à-dire rejoindre et manipuler la pensée de tous les citoyens pour les convertir en consommateurs. Apparaît alors le rêve d’un Nouvel ordre mondial.

    Leurs armes sont la mondialisation grâce à l’Internet et l’américanisation de ce qui devient le système-monde. La force de frappe américaine (armes, idéologies et médias) protège dorénavant les oligarchies qui deviennent, de facto, la « main invisible » qui régularise un marché mondial intégré. (Voir le Consensus de Washington).

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  • Puis, en 2007, avec l’apparition des appareils sans claviers, des réseaux sociaux et des algorithmes de financiarisation, les gens prennent la parole et commencent à remettre en question le contrôle du politique par la classe économique. Une nouvelle forme de guerre mondiale, politico-économique cette fois-ci, naît (voir le pourquoi au début de ce chapitre). Le choix d’un modèle de société commence à se poser.
Les Maîtres du monde à venir

Les prochains Maîtres du Monde pourraient bien être les grands consortiums internationaux de services qui s’organisent actuellement (chapitre 3 : voir le Big four). Ils sont différents de leurs prédécesseurs, parce qu’ils sont préoccupés à la fois par les aspects matériels (réseaux et systèmes), les contenus (production multi plateformes et droits d’auteurs) et les applications (interfaces, ergonomie et langue). Ces consortiums développent des services à la carte, c’est-à-dire orientés clients.

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Les Empires de services

Ci-dessous, voici un tableau des ventes mondiales des objets smart offrant des services à la carte en 2013. Les objets à venir sont ceux de l’Internet des objets que les consortiums annoncent. Les objets portables sont les lunettes, les montres, les vêtements smart (wearable), etc. La smart télévision est créée par l’ajout de Netflix, de iTunes, de Facebook, etc., au poste de cinéma-maison.

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Ce schéma est inspiré par les travaux du groupe américain Business Intelligence (voir la bibliographie).

Ce sont néanmoins des empires aux pieds d’argile, car ils sont à la merci du comportement de leurs usagers. Il est même audacieux de parier sur leur survie à long terme quand on pense à la dégringolade de Kodak, qui était pourtant The World Record Keeper il y a à peine quelques décennies. Voir aussi la lente descente des consortiums Microsoft, IBM et Bell, etc.

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