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Un monde en rupture

En ce moment, les gens ont peur parce qu’ils sentent intuitivement que quelque chose se prépare, mais quoi ? Comme pour un mal de dents, ils espèrent que ça passera avec le temps et attendent avant de se décider à prendre un rendez-vous chez le dentiste.

Repères

Plusieurs auteurs ont  décrit à leur façon la transition (ou la rupture) que nous avons vécue entre 2000 et 2010 : tournant unique, percée décisive ou grande discontinuité, comme des plaques techtoniques, The Big Switch, etc. :

2012 : Time magazine : Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est la fin du monde telle qu’on le connaît.

2009 : Margaret Atwood pense qu’à l’heure actuelle Le monde est au bord d’une crise plus grave que ce qu’il ne perçoit… Aujourd’hui, les gens sont comme des enfants à qui l’on n’a pas appris comment vivre. Dans Comptes et légendes, la dette et la face cachée de la richesse, Boréal.

2009 : James K, Galbraith qualifie la crise actuelle de crise hors normes pour laquelle nos modèles récents d’intervention sont dépassés, Washington Monthly, édition de mars.

2008 : Al Gore emploie le mot bascule dans son livre An Inconvenient Truth, Melcher Media.

2008 : Clay Shirky parle de révolution dans Here comes Everybody, The Penguin Press.

2008 : Thomas L. Friedman, chroniqueur au NewYork Times, annonce le 7 mars 2008 will be the year when « The Great Disruption » began.

2008 : Ce n’est pas un choc des civilisations (à la Huntington) mais le commencement d’un monde, écrit Jean-Claude Guillebaud dans Le Commencement d’un monde, Seuil, page 48.

2008 : Parag Khanna parle de New Global Order dans The Second World, Empires and Influences in the New Global Order, Random House.

2008 : We are facing an epochal economy and social shift, perhaps of an importance unsurpassed since the bourgeois revolution that gave birth to the capitalist economy that we have today. Adam Arvidsson et Nicolai Peitersen, dans The Ethical Economy, sur le Web.

1995 : Benjamin R. Barber décrit les luttes qui se déroulent entre un monde macdonalisé (mondialisé et soumis aux grandes entreprises) et un monde traditionaliste (intégrismes de toutes sortes). Dans son livre Jihad vs McWorld : How Globalism and Tribalism Are Reshaping the World, Ballantine Books.

Parce que nous basculons d’une ère industrielle vers une société de la connaissance, nous vivons une rupture, mais les gens refusent d’en parler. Nous vivons collectivement dans le déni ; si ce n’était pas le cas, tous les citoyens devraient changer de comportement. Or, pour bien des gens, c’est impensable ; ils ont trop peur du coût qu’implique un tel changement.

Un bond se manifeste toujours par une accélération des activités ; les statistiques deviennent alors exponentielles :
007 [1]008 [2]009 [3]
L’année 2030 semble être la date ultime où la planète succombera aux crises, soit par manque de charbon, de pétrole, d’eau ou à cause de la pollution grandissante. Cependant, 2020 pourrait être la vraie date butoir si rien n’est fait. Cette nouvelle version, plus pessimiste, a émergé récemment parce que les forces de résistance aux changements sont plus fortes que prévu (voir Chapitre 6 [4]).

Cette courbe est aussi celle du PIB, de la déforestation, de la concentration du CO2, de la consommation de l’eau, de la destruction de la couche d’ozone et de la production des contenus. En un mot, de toutes les crises qui se préparent.

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots

(Martin Luther King)

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Pablo Picasso, Guernica, 1937.

Comme on le voit dans le schéma suivant, notre monde change actuellement parce que le numérique transforme complètement notre environnement, et ce, en à peine quarante ans :

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La société industrielle, qui était caractérisée par ses clivages économiques, se métamorphose en une société de la connaissance qui sera caractérisée par des clivages beaucoup plus culturels. Elle va devenir beaucoup plus multipolaire et multicivilisationnelle. (Voir les thèses développées par Samuel Huntington dans « The Clash of Civilisation »).

Actuellement, les citoyens cherchent inconsciemment à remplacer certains modèles qui fonctionnent de moins en moins bien :

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